Togo/grossesses en milieu scolaire : qui sont les principaux »enceinteurs » des élèves

Le phénomène des grossesses en milieu scolaire au Togo continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive et de susciter de vives inquiétudes. Il n’est plus un secret pour personne que ces grossesses précoces entraînent des conséquences sanitaires, psychologiques, sociales et éducatives importantes, compromettant ainsi la scolarisation et l’avenir de nombreuses jeunes filles.
Selon les statistiques globales et sectorielles recueillies par notre rédaction, même si la tendance est baissière, les chiffres demeurent alarmants et interrogent sur l’efficacité de la mise en œuvre des mesures prises jusqu’alors par le gouvernement pour juguler le phénomène.
Au cours de l’année scolaire 2024-2025 au Togo, 2 284 cas de grossesses ont été enregistrés en milieu scolaire. De ces 2284 cas de grossesses, 17 cas concernent le primaire, 1 319 le secondaire 1 et 948 le secondaire 2.
Visitant les données des années antérieures, il ressort qu’entre 2014 et 2015, 2 792 cas de grossesses avaient été enregistrés en milieu scolaire contre 3 343 en 2017-2018, avant une légère baisse à 2 990 cas en 2018-2019.
Ces données de quelques années scolaires retenues par notre rédaction illustrent parfaitement la gravité du phénomène et poussent à creuser davantage pour répondre à deux principales questions : qui sont les principaux auteurs des grossesses en milieu scolaire ? Malgré les mesures prises par le gouvernement pour lutter contre ce phénomène, pourquoi il persiste et reste alarmant ?
Qui sont les principaux »enceinteurs » des élèves au Togo ?
Pour répondre à cette question, edunews a travaillé sur les statistiques de trois régions éducatives choisies par rapport à leur position géographique, leur taux d’urbanisation, leur taux de pauvreté et leur taux de scolarisation.
Les auteurs des grossesses en milieu scolaire sont : les élèves, les cultivateurs, les maçons, les menuisiers , les étudiants, les infirmiers, les policiers, les militaires, les professions libérales (surtout les ingénieurs), les enseignants….
Parmi eux, les principaux »enceinteurs » des élèves diffèrent selon les milieux et les régions.
Toutefois, les premiers »enceinteurs » de tous, quels que soient les milieux, restent les élèves. Les élèves garçons surtout du secondaire sont sexuellement très actifs et sont des tireurs d’élite en matière de grossesses sur leurs camarades filles. Avec une moyenne de 74% d’auteurs des grossesses, ils arrivent largement en tête des enceinteurs des élèves filles.
Dans les milieux ruraux, ils sont secondés par les cultivateurs. Avec une moyenne des chiffres de 19%, les cultivateurs occupent la deuxième position des enceinteurs des élèves. Viennent ensuite les étudiants, les apprenants menuisiers ou les menuisiers, les maçons…..
Les réalités ne sont plus les mêmes lorsque l’on se retrouve dans les milieux semis urbains et urbains. Dans ces milieux, les élèves restent toujours en tête mais les deuxième, troisième et quatrième places sont occupées par des auteurs jusque là insoupçonnés. Il s’agit des infirmiers, des menuisiers, des maçons, des étudiants, des éléments des forces de l’ordre et de sécurité (policiers, gendarmes, militaires…), des ingénieurs, des enseignants,….
Contrairement aux idées répandues pendant longtemps sur les auteurs des grossesses en milieu scolaire, les enseignants sont loin, bien loin derrière les principaux auteurs de ces grossesses. Certes, il existe encore des récidivistes qui continuent d’être des auteurs des grossesses mais la répression envers ces messieurs du corps est plus stricte que celle des autres.
Il y a des cas qui sont souvent camouflés mais qui constituent des préoccupations pour les défenseurs des droits des enfants. Il s’agit des cas de grossesses dont les auteurs sont les membres des familles des élèves, des autorités politiques et administratives influentes. Les chiffres dont disposent la rédaction de edunews sur ces cas ne permettent pas encore de se prononcer sur eux avec le sérieux qu’il faut.
Malgré les mesures prises par le gouvernement pour lutter contre ce phénomène notamment le contrat d’apprentissage au Togo, la loi du 10 mars 1984 au Togo, la loi n° 2022-020 du 2 décembre 2022 relative à la protection des apprenants contre les violences à caractère sexuel au Togo, des leçons du programme scolaire axées sur ce sujet, le phénomène reste préoccupant. Quelles peuvent en être les causes ?
Les causes de la persistance des taux élevés des grossesses en milieu scolaire.
La première cause reste la pauvreté. De plus en plus ambiante dans les milieux ruraux comme semis urbains et urbains, la pauvreté reste la première cause des grossesses en milieu scolaire. Viennent ensuite, les impacts négatifs des réseaux sociaux. Oui. Les réseaux sociaux ont contribué à faciliter les contacts puis les rencontres et participent à la dégradation des mœurs. Ils ont poussé les jeunes précocement vers le sexe avec les images et informations qu’ils leurs proposent sur des sites spécifiquement dédiés à des indélicatesses qui sont aux antipodes de nos moeurs, us et coutumes. Il y a également la recherche de gains faciles, le suivisme, la mauvaise camaraderie ou compagnie, la mode, le manque de jobs ou d’opportunités, la paresse de certains jeunes, le manque d’encadrement sérieux à la maison pour certains jeunes, la démission de certains parents, le manque d’aires de jeux et de loisirs dans les communes, le manque de centre des jeunes véritablement animés dans les communes, absence d’une véritable politique de la jeunesse basée sur les réels défis qui les guettent,…….
Que faire ?
Face à cette situation, le gouvernement togolais entend renforcer la riposte communautaire. Les autorités mettent notamment en avant le renforcement du cadre juridique, la mise en place de mécanismes de protection contre les violences basées sur le genre, les centres d’écoute et de prise en charge des victimes ainsi que le programme national de lutte contre les grossesses et mariages chez les adolescentes (2023-2027).
Il faut également la conception d’une véritable politique de création de Jobs de vacances (les opportunités existent, et edunews peut faire des propositions dans ce sens), mettre en place des aires de jeux et de loisirs dans les communes, aménager et animer des centres des jeunes dans les communes, régler le problème de rapprochement de conjoints dans l’administration surtout publique.
Pascal S.



