Quand l’obtention du BAC est pour eux une délivrance du viol et de l’inceste

Souffrir en silence, supporter sans broncher les assauts sexuels répétés de ses tantes et de son oncle, se détester progressivement sans pouvoir se confier à une tierce personne pour se soustraire de ce calvaire qui paraît sans fin au nom de la préservation des liens de parentés, d’une cohésion et de l’honneur familiaux sont devenus la croix quotidienne que portent certains jeunes apprenants filles et garçons dans leurs demeures familiales respectives.
Le récit succinct que vous allez lire dans les lignes suivantes relate des faits réels et très récents de deux apprenants, une fille et un garçon qui viennent d’obtenir leur BAC 2026.
Les faits se sont déroulés dans des régions éducatives du sud Togo.
L’inceste désigne des relations sexuelles entre des personnes de la même famille. Lorsqu’il implique un mineur ou un rapport de domination et d’autorité au sein du cercle familial, il s’agit d’une violence sexuelle grave et punie par la loi.
Jeune garçon pris en otage sexuels par trois de ses tantes
Le garçon, âgé aujourd’hui de 17 ans vient de décrocher son baccalauréat série D avec mention. Laissé depuis ses quatre ans sous la garde de son grand père et de sa grand mère par ses parents biologiques qui sont partis en aventure à l’étranger, le jeune adolescent, à partir de sa seizième année a commencé par vivre une situation inimaginable pour bon nombre d’entre nous : satisfaire régulièrement les appétits sexuels voraces de ses trois tantes paternelles.
Les tantes du jeune homme sont de jeunes femmes sans maris qui venaient de regagner la maison après des échecs de leurs tentatives de fonder un foyer. L’une est une petite sœur de son papa et les deux autres sont les cousines de ce dernier. Agées de 28, 29 et 32 ans au début des faits, ce sont de jeunes filles qui sont très régulières à l’église et aux yeux de tous, sont considérées comme des fidèles qui ont une vie respectueuse des valeurs chrétiennes.
<< Tout a commencé un samedi soir des congés de Noël. Ce jour là, je revenais de chez une amie de grand mère à qui je devais remettre un colis. Arrivé à la maison, j’ai constaté un calme inhabituel. J’ai essayé d’appeler grand mère en vain. Pas de réponse. Je voulais juste lui dire que j’ai remis le colis à son amie. A peine je me dirigeai vers ma chambre que j’entends la voix de la petite sœur de mon père m’appeler. Elle était dans sa chambre. Je me suis dirigeai vers elle. Arrivé à la porte, elle m’invita à entrer tout en m’annonçant qu’elle est seule dans la maison et que les autres sont allés au mariage de l’enfant d’une voisine. >> relate le jeune bachelier avec une voix chargée d’émotions.
<< Une fois dans la chambre, elle a commencé par faire des attouchements sexuels sur moi. Elle venait de se doucher. Et quand j’ai tenté de m’échapper, elle m’a rattrapé et m’a dit que si je ne fais pas ce qu’elle me demande, elle dira à grand papa et grand maman que c’est moi qui ai commencé. Or, c’est la protégée de ces derniers. C’est leur benjamine. Elle est plus écoutée et plus protégée que nous autres. Je me trouvais alors dans l’obligation de faire tout ce qu’elle me demande : sucer ses seins et faire autres choses sexuelles. Je venais d’avoir mes 16 ans et très timide. Je reconnais qu’à vue d’oeil, mon outil sexuel était terrible pour mon âge. Avec ses menaces et intimidations, cela a continué.>> poursuit le jeune homme.
<< Un jour, je m’étais levé pour aller tout dire à Grand mère. Quand elle a appelé sa fille pour lui demander si ce que je dis est vrai, celle-ci, a tout nié et est arrivé à retourner la situation. J’étais devenu le fautif. J’ai été copieusement bastonné. Grand mère m’a fait savoir que si grand père apprenait cela, alors je suis foutu. Je n’avais aucun contact avec mes parents biologiques. Rien. Ils ne savent même plus que j’existe. J’étais traumatisé. Et c’est quand on me bastonnait que les deux autres tantes ont aussi appris le fait. Quelques semaines après (…), elles aussi ont commencé l’acte avec moi sous menaces et intimidations. Chacune avait sa chambre. Cela a commencé par m’épuiser et avoir des répercussions sur mes études. Le gros outil que Dieu m’a donné me crée des problèmes. J’étais totalement sous leurs emprises (……). Je ne savais plus quoi faire. Mois après mois, cela continuait et a duré plus d’un an malgré moi. (……). Grand père et grand mère ne se doutaient de rien. Après la proclamation du BAC dernier, j’ai poussé un ouf de soulagement car je devais rejoindre un cousin étudiant qui a loué près de l’université pour poursuivre mes études universitaires >> a déclaré le jeune homme.
C’est par un concours de circonstance lors d’une activité avec des jeunes bacheliers 2026 dans leur établissement scolaire que les conditions sont crées permettant au jeune homme de se confier à nous.
<< Il fallait que j’en parle. Il fallait que j’en parle à quelqu’un de sérieux et crédible. Quelqu’un qui pourra m’écouter sans me juger. Quelqu’un d’esprit ouvert. Quelqu’un qui pourra garder une discrétion totale sur le fait. Je suis en pleine reconstruction de ma personnalité après mon départ de chez mes grands parents. Je fuis les filles. Je déteste leur compagnie. J’ai peur d’elles (…..) >> a laissé entendre le jeune bachelier.
Après l’avoir écouté et pris notes, nous avons longuement échangé sur le sujet. Nous étions la seconde personne à qui il racontait son histoire après l’avoir dite à sa grand mère, ce qui lui a valu des coups de bâton.
Après trois jours, notre rédaction est retournée rencontrer le jeune homme de nouveau. Son histoire doit être connue. Peut-être que d’autres enfants vivent la même situation ou pire. Mais, il nous avait opposé un non catégorique. Il ne voulait surtout pas être à l’origine des déchirures et conflits dans sa famille. Nous l’avons rassuré que nous saurons raconter son histoire de sorte que l’on ne puisse pas remonter jusqu’à lui et sa famille. L’objectif est de délivrer d’autres jeunes quelque part qui vivent une situation pareille. Nous lui avons promis professionnalisme et discrétion totale.
Ce n’est qu’après ces assurances qu’il a donné son accord pour qu’une partie de son histoire soit racontée.
Jeune fille de 19 ans qui subit des assauts sexuels méticuleusement préparés de son oncle
Après avoir raté le BAC 2025, elle a décidé rejoindre sa mère pour poursuivre ses études. Elle était avec son père et ses deux frères et sœurs. « Les parents ne sont plus ensemble ».
Sa mère vit dans la maison de son propre père avec certains de ses frères et sœurs. C’est une grande maison, une concession. Dans cette maison, l’ambiance aimable de fraternité et de familiarité a fait éloigner la prudence et la porte est largement ouverte aux incestes et viols à l’abri des regards bienveillants.
<< Quand j’étais avec papa, mes petits frères et sœurs et moi allions rarement chez maman et nous n’y avons jamais passé la nuit. Quand je suis allée avec mes bagages en septembre 2025 pour y rester, l’ambiance était très conviviale dans la maison et nous y sommes nombreux: cousins, cousines, oncles et tantes maternels >> nous a confié la future étudiante.
<< On mangeait souvent ensemble et l’ambiance était bon enfant. Un week-end, ma mère est partie à un enterrement le vendredi et ne devrait revenir que le dimanche. Le soir de son départ, j’étais revenue de chez une camarade un peu épuisée et j’avais vraiment faim. Il sonnait 19 heures. Le plus âgé de mes oncles s’est dirigé vers moi et m’a demandé si j’avais déjà mangé. Je lui ai répondu que non. Il m’avait demandé de venir prendre son plat qu’il n’a pas d’appétit. Comme cela a l’habitude de se passer dans la maison, je me suis précipitée pour aller prendre le plat. Il est marié, père de deux garçons et de trois filles >> a relaté la jeune fille.
Et c’est exactement au cours de cette soirée que tout bascule. Le plat était accompagné d’un jus de fruit dans un gobelet. Et ce jus de fruit contenait un somnifère puissant.
<Mon oncle insistait que je me douche avant de manger. Et c’est ce que j’ai fait. J’ai mangé dans notre chambre et juste après, je me suis allongée et un sommeil m’a emportée. Le lendemain, au petit matin vers 04 heures 30 minutes, je me suis réveillée. J’ai constaté que j’ai profondément dormi et que je sentais des douleurs au niveau de mon bas ventre et de ma partie intime. Quelque chose ne tourne pas rond. Quelque chose s’est passée lorsque je dormais (….) >> nous a confié la jeune bachelière.
Et selon son récit, le fait s’est reproduit à plusieurs reprises avant qu’elle ne découvre que ce sont les plats de son oncle qui favorisaient la reproduction de l’événement malheureux. (….) Un soir, alors que sa mère était en déplacement, l’oncle lui avait encore proposé son plat. Cette fois-ci, elle a fait semblant de le manger et a stimulé une personne tombée dans un sommeil profond. Après un moment, lorsque la maison était relativement calme, l’oncle est entré dans la chambre. Il a commencé par la déshabiller quand elle a attrapé sa main. Et c’est là qu’elle découvre que c’est son oncle qui était derrière ces viols et incestes ignobles.
Quand sa maman était revenue, elle lui a tout narré avec les preuves à l’appui. Cependant, la réaction de sa maman lui fit un choc plus terrible que les viols répétés de son oncle.
Sa maman lui a intimé l’ordre de ne rien dire à personne afin de préserver la fraternité, les liens de parenté, la cohésion et l’honneur de la famille. Elle a dit à sa fille qu’elle allait parler à son frère qui ne va plus récidiver. C’était le mois d’avril 2026 et les examens étaient proches. La fille était obligée d’obéir. Elle ne voulait surtout pas créer une ambiance délétère autour d’elle avant les examens.
Elle a traîné ce poids jusqu’à l’écrit du BAC. A la fin de l’écrit, elle a quitté la maison de sa mère pour rejoindre son père le même jour (….). Elle nous a contacté pour nous raconter son histoire après la proclamation du BAC et c’est avec son accord qu’une partie de cette histoire non honorable pour notre société est relatée ici sous forme d’un article.
Nous tenons à informer nos lecteurs que ce ne sont pas ces deux faits d’inceste seulement qui sont parvenus à notre rédaction à travers les victimes elles-mêmes. Mais, elles ne souhaitent pas que cela soit diffusé même sous anonymat. Elles voulaient juste se confier à des personnes (….) crédibles et capables de discrétion pour se soulager.
C’est la récurrence de ces faits sociaux sur des apprenants qui parviennent à notre rédaction qui nous amène à produire cet article.
Nos conseils et encouragements aux victimes à aller porter plainte ou à aller se confier aux agents de services sociaux n’ont jamais été acceptés. La méfiance et le manque de confiance en ces services étaient les raisons évoquées.
Et dans cette situation, ils sont des centaines d’apprenants à vivre dans le silence, ces violences à caractère sexuel dans le cercle familial et sont obligés de garder ce silence afin de se protéger, de préserver la cohésion et l’honneur de leur famille.
Il est temps que des séances de sensibilisation soient organisées dans tous les établissements scolaires sur ce sujet délicat mais dévastateur de l’avenir de plusieurs jeunes.
Il urge également de réactiver sérieusement avec dotation de moyens de fonctionnement, des cellules d’écoute sécurisées et d’accompagnement des jeunes apprenants victimes de violences à caractère sexuel en milieu scolaire.
Pascal S.



